mardi 6 juin 2017

Êtes-vous dans une université d'excellence à rayonnement international ?

C’est parti pour l’expérimentation. Comme des affamés ils se sont précipités pour réformer sans réformer et finalement hiérarchiser les universités. Reconnaissons-le, c’est clair et assumé. Sur Twitter Thierry Coulhon, rédacteur du programme En Marche sur le SUP et nouveau conseiller SUP du président de la République a déclaré sans réserve : « Le niveau d’ensemble doit monter, mais on doit accepter de constater ou de faire des différences » entre les universités. Il y aura donc plusieurs classes d’universités et la première classe sera constituée par les « universités d’excellence à rayonnement international ».

Seulement voilà, quand on lui demande ce qu’est une « université d’excellence à rayonnement international », le conseiller SUP du président de la République est bien incapable d’en donner la moindre définition. Il s’en tire par une pirouette, toujours sur Twitter : « Plus que les définitions a priori, ce qui compte ce sont les exemples dans leur diversité, y compris s’ils sont incomplètement réalisés ».

Vous je ne sais pas, mais moi quand j’ai lu ça j’ai pensé à Saclay. Le côté « incomplètement réalisé » peut-être ? Justement à propos de Saclay, si les gouvernements avaient pris le temps de définir leurs objectifs on aurait peut être évité une gabegie à 5 milliards d’euros de crédits publics. Alors j’ai décidé d’aider une nouvelle fois notre nouveau président et son gouvernement pluriel de droite et de proposer une définition des universités d’excellence à rayonnement international. Et comme nous sommes tous excellents, que nous souhaitons tous participer à ces « universités d’excellence à rayonnement international » et que c’est bientôt les vacances, je vous ai préparé un petit Quizz !

Notez bien vos réponses je vous donnerai les résultats et la méthodologie en fin de semaine !

Le Quizz du SUP en marche !


Question 1 : Votre établissement est :
Réponse 1 : Une université publique
Réponse 2 : Une université privée
Réponse 3 : Une école
Réponse 4 : Un Institut
Réponse 5 : Une fondation
Réponse 6 : Une COMUE

Question 2 : Votre établissement a été créé :
Réponse 1 : Il y a moins de 50 ans
Réponse 2 : Entre 50 et 100 ans
Réponse 3 : Entre 100 et 300 ans
Réponse 4 : Plus de 300 ans

Question 3 : Votre établissement est classé:
Réponse 1 : Dans le top 10 du classement de Shanghai
Réponse 2 : Entre le rang 11 et 20 du classement de Shanghai
Réponse 3 : Au-delà du rang 20 au classement de Shanghai
Réponse 4 : Ne figure pas au classement de Shanghai

Question 4 : Votre établissement est classé:
Réponse 1 : dans un des classements du THE
Réponse 2 : dans le QS World Ranking
Réponse 3 : dans le U-Multirank
Réponse 4 : Dans le classement du FT

Question 5 : le nom de votre établissement est connu
Réponse 1 : De vos collègues
Réponse 2 : De vos voisins
Réponse 3 : Du président de la République (ou de l’État)

Question 6 : le président de votre établissement
Réponse 1 : A le 06 du Président de la République (ou de l’État)
Réponse 2 : N’a pas le 06 du président de la République (ou de l’État)

Question 7 : Votre établissement compte :
Réponse 1 : Moins de 20 000 étudiants
Réponse 2 : Plus de 20 000 à 40 000 étudiants
Réponse 3 : Plus de 40 000 étudiants

Question 8 Le nombre d’étudiants par enseignant est de
Réponse 1 : Moins de 10
Réponse 2 : Entre 10 et 15
Réponse 3 : Plus de 15

Question 9 : Le salaire annuel attendu pour vos diplômés en 1er emploi est :
Réponse 1 : Supérieur à 100.000 €
Réponse 2 : Entre 70.000 et 99.000 €
Réponse 3 : Entre 50.000 et 69.000 €
Réponse 4 : Moins de 50.000 €

Question 10 : vos anciens étudiants sont susceptibles de donner dans l’année :
Réponse 1 : Moins de 500 millions de $ (ou d’Euros)
Réponse 2 : Entre 500 millions et 1 milliard de $ (ou d’Euros)
Réponse 3 : Entre 1 Milliard et 10 milliards de $ (ou d’Euros)
Réponse 4 : Plus de 10 Milliards de $ (ou d’Euros)

Question 11 : Votre université compte :
Réponse 1 : Moins de 5% d’étudiants internationaux
Réponse 2 : Entre 5 et 10% d’étudiants internationaux
Réponse 3 : Entre 10 et 20% d’étudiants internationaux
Réponse 4 : Plus de 20% d’étudiants internationaux

dimanche 21 mai 2017

Après l'autonomie de Sarkozy, l'expérimentation de Macron

Le casting était presque parfait. Une présidente d’université ministre de plein exercice à l’ESR qui récupère l’innovation et un DG de business school à l’Éducation. De la dentelle !

Puis les premières déclarations sont arrivées. LA ministre est « pragmatique » et regardera « avec bienveillance les expérimentations » selon Educpros. Pour LE ministre « L'expérimentation aura un rôle décisif » et il lancera « des concertations locales et des expérimentations » dans Le Monde. Foin des réformes top down, de la LRU, de la loi Fioraso, vive le bottom up, le pragmatisme et l’expérimentation ! 

Qui est contre le pragmatisme hein ? C’est comme l’autonomie le pragmatisme, c’est bien le pragmatisme, c’est le contraire du dogmatisme ! Et l’expérimentation ? Quoi de plus modeste et de plus respectueux que l’expérimentation ? C’est facultatif l’expérimentation, ça ne vous engage à rien l’expérimentation, c’est comme ce vieux tube du groupe Chagrin d’amour l’expérimentation « chacun fait c’qui lui plaît » ! C’est la LIBERTÉ !

vendredi 12 mai 2017

#MacronLeaks et ESR, chronique d’un rendez-vous manqué




J’ai donc lu les #Macronleaks, du moins en partie, sur l’enseignement supérieur et la recherche. Avec toute la relativité liée à l'origine et à la nature très parcellaire des informations révélées, cette lecture suscite plusieurs remarques. Sur les réserves que l'on peut avoir à propos de documents piratés, peut-être partiellement faux, et sur leur instrumentalisation par la fachosphère, je vous renvoie à l'article de Libé. Sur le fond, on n'y apprend rien et tout. Rien, parce que, dans leurs grandes lignes, nous connaissons déjà par cœur les méthodes, les acteurs et le projet, les mêmes depuis des années. Je vous renvoie là aussi aux chroniques publiées sur ce blog ou sur ceux d’autres collègues, Groupe JP Vernant, Histoire d’universités ou RogueESR pour comprendre l’échec prévisible de cette réforme. Tout, parce que la politique s’y expose sans fard, dépouillée de la compol, de la novlangue et du « storytelling». Elle y acquiert une franchise, une sincérité qui peut scandaliser ou susciter la réflexion.


dimanche 7 mai 2017

Si j’étais ministre de l’ESR : candidature spontanée


Monsieur le président de la République française, camarade, cher Manu,


Tu permets que je t’appelle camarade et que je te tutoie ? Aucune familiarité, c’est juste une tradition chez les gens de gauche, comme le « cher ami » et le voussoiement chez les gens de droite.

Alors Manu, je voulais d’abord te féliciter pour ton élection. En plus comme j’ai été obligé de voter pour toi au second tour, c’est un peu ma victoire à moi aussi. J’ai été soulagé que tu gagnes camarade. Soulagé, mais pas réjoui. Je peux te le dire maintenant, il est pas fantastique ton programme. Sur l’enseignement supérieur et la recherche, une partie de ton "deuxième chantier", c’est même un cauchemar. Toi qui veux réformer la France et la moderniser, ils t’ont refourgué une réforme d’occasion qui a déjà servi à 3 ou 4 présidents et une dizaine de ministres. Ils ont passé un coup de polish sur la carrosserie, mais le moteur est mort. Je ne te donne pas 6 mois avant qu’elle rende l’âme. 

dimanche 9 avril 2017

Le mauvais combat pour "l’Université Georges Soros"

Depuis quelques jours les lobbies se mobilisent pour défendre la Central European University de Budapest, plus connue sous le surnom « d’Université Georges Soros », dont l’avenir serait compromis par une nouvelle loi proposée par Victor Orban. La très libérale et très clientéliste Association des Universités Européennes qui s’agite toujours pour plus d’autonomie, de dérégulation et de business dans le SUP, la CPU et le fantomatique Harlem Désir y sont allés de leurs communiqués, rejoignant celui du département d’État Américain. C’est un bien mauvais et bien dangereux combat.

Victor Orban est un odieux personnage, nationaliste xénophobe, aux antipodes des valeurs que je défends. Pour autant, la Central European University est-elle ce défenseur de la démocratie et des valeurs universitaires qu'on nous présente ? Non.

jeudi 2 mars 2017

Macron, Aghion la CPU et l'État Stratège

Le programme d'Emmanuel Macron sur le SUP est sorti. Sans surprise, il s'agit de dupliquer en France un prétendu "modèle américain" dont l'échec, faut-il le rappeler, a été au coeur des discours de Mme Clinton, de Bernie Sanders ou du président Obama pendant la campagne présidentielle. Sur twitter je l'ai qualifié de stupide et mauvais. Proposer un système qui échoue c'est un mauvais programme. Proposer un système dont on mesure aujourd'hui les échecs c'est stupide. Voici, plus en détail, les raisons de ce jugement.

Un universalisme trompeur

Le projet d'Emmanuel Macron reprend les arguments qui avaient été développés au moment de la présentation de la LRU par Valérie Pécresse. Pas étonnant, les conseillers sont les mêmes, Aghion notamment.

Le premier de ces arguments est d'implanter en France le "modèle international" de l'enseignement supérieur et de la recherche c'est à dire... le modèle des universités privées américaines. Premier mensonge: ce modèle n'est pas universel loin s'en faut. Il ne concerne qu'un petit nombre de pays anglo-saxons et dans ces pays un petit nombre d'établissements qui accueillent une infime minorité des étudiants et des chercheurs. Aux États-Unis il s'agit pour l'essentiel de 6 des 8 universités privées de la IVY League.

vendredi 10 février 2017

Sélection en master et étudiants internationaux : l'arbre et la forêt




L’espace de 24h l’université Paris-Nanterre a supprimé l’accès en master aux étudiants internationaux. Nanterre la Rouge, Nanterre du « Mouvement du 22 mars », l’université ouverte, mon Alma Mater, fermée aux étudiants internationaux ???!!! Il n’y avait qu’Elle pour pouvoir mettre un tel pavé dans la mare sans être suspectée de xénophobie. Car ce sont des problèmes techniques qui expliquent cette décision, des problèmes qui dépassent l’université de Nanterre et la question des étudiants internationaux.

En revenant sur sa décision, l’université s’est expliquée. Elle a mis en avant des contraintes administratives conjoncturelles, mais aussi des raisons plus structurelles comme la sélection en master. Dans Le Monde, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche exprime son « incompréhension » et prétend que « rien ne peut l'expliquer dans la réforme de la sélection en master ». Et pourtant si ! Je l’avais d’ailleurs indiqué dans ma précédente chronique sur les étudiants internationaux et je ne peux qu’inviter le ministère à me lire pour mieux comprendre ce qui se joue dans le SUP... 

Le nouvel article L.612-6 al. 2 du code de l’éducation autorise les universités à organiser une sélection par concours ou dossier en M1. En contrepartie de cette sélection, l’article L.612-6-1 rend automatique, sous condition de réussite, la poursuite en M2. Les universités définissent donc leurs capacités d’accueil en M1 en fonction de leurs capacités d’encadrement en M2.

mercredi 8 février 2017

APB : l'effet Trump et le Manège Enchanté

Aux USA le président tweete au petit déjeuner pour diriger l’Amérique ou se plaindre du traitement réservé à sa fille dans un grand magasin. En France c’est au goûter que la Directrice de l’enseignement supérieur envoie des emails pour modifier APB.

Certes, le Conseil d’État a admis le 5 mai 2014 qu’un ministre puisse prendre une décision par courrier électronique et que les justiciables puissent demander l’annulation de cette décision. Mais le procédé est bien cavalier et bien discret quand il s’agit de l’orientation des étudiants de première année de licence.

Il faut dire que depuis quelques temps, au ministère de l’enseignement supérieur quand ce n’est pas "les pieds nickelés" c’est "Le Manège Enchanté" avec Flappy, Zébulon et Azalée envoutés par Zabadie*.

Sur le tirage au sort nous en étions à 4 épisodes en 15 jours :

16/01/2017 annonce d’un texte pour « sécuriser juridiquement le tirage au sort »
17/01/2017 report sine die du texte « pour ouvrir une réflexion sur ce sujet sensible ».
19/01/2017 renforcement du tirage au sort qui intègre désormais les étudiants qui se réorientent en changeant d’université
6/02/2017 Thierry Mandon déclare qu’il a la volonté de faire disparaître le tirage au sort, mais…
6/02/2017 … le même jour Simone Bonnafous envoie donc un mail aux présidents d’universités pour leur dire de faire ce qu’ils veulent pour les réorientations internes ouvrant la possibilité d’un nouveau renforcement du tirage au sort ! 

lundi 23 janvier 2017

APB : La surprise du chef !

C’est bien connu, quand on a les pieds dedans, plus on bouge, plus on s’enfonce. C’est un peu ce qui arrive au ministère de l’Éducation Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche et à son secrétaire d’État avec APB (Admission Post Bac).

Sous la double pression de la hausse des effectifs étudiants et de la baisse des crédits, avec le corollaire des « gels de postes » recommandés par l’IGAENR, les universités ont été contraintes d’instaurer des capacités d’accueil pour l’entrée en Licence dans les filières «en tension ». Lorsque ces capacités sont atteintes, les étudiants admis à s’inscrire sont tirés au sort. Ce système absurde, dénoncé par tous, organise une sélection de fait dont la légalité a été critiquée par le Tribunal administratif de Bordeaux le 16 septembre dernier.

Adepte de la rustine, le ministère annonçait lundi dernier la présentation pour avis au CNESER d’un projet d’arrêté pour « sécuriser » le tirage au sort. Devant l’hostilité de tous les acteurs, le texte était finalement retiré et son examen reporté sine die « pour ouvrir une réflexion sur ce sujet sensible » à en croire les propos rapportés par Le Monde.

Il y avait donc de quoi être surpris vendredi à l’ouverture d’APB en découvrant que le paramétrage avait été modifié. Un courrier daté du 19 janvier et signé de Simone Bonnafous, DGESIP, ainsi qu’une note du 13 janvier relative à « l’application de l’article L.612-3 du code de l’éducation » détaillent ces changements. Curieusement la note vise «l’arrêté pris en application des dispositions du 2ème alinéa de l’article L.612-3 du code de l’éducation », c’est-à-dire le fameux projet reporté sine die « pour ouvrir une réflexion sur ce sujet sensible »… 

mercredi 18 janvier 2017

Sélection en master: le privé pas fair-play

 je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte,
mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.

Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui 
Évangile selon St Jean 10 : 01,12


Najat Vallaud Belkacem et Thierry Mandon devraient faire relire aux instances de l'enseignement supérieur catholique la parabole du bon berger dans l'Évangile selon Saint Jean.

La réforme de la sélection en master est la Grande Oeuvre de ce quinquennat raté pour l'enseignement supérieur et la recherche. Mais depuis plusieurs années, il y a un côté pieds nickelés dans les cabinets ministériels. Même animés des meilleures intentions du monde, ils ne sont pas très doués et les bergers mercenaires en profitent.

dimanche 15 janvier 2017

L’attractivité internationale du SUP en France : Le vrai et le faux

La publication des chiffres actualisés de la mobilité internationale de l’UNESCO par Campus France est une aubaine pour les  déclinistes. Il y aurait une « rupture » depuis 2012, une baisse des inscriptions en doctorat et une perte d’attractivité du SUP français, en particulier des universités. Le communiqué de Campus France évoque une situation « préoccupante ». Les propos de sa directrice sont même anxiogènes. Dans Le Monde ou Le Figaro, elle affirme que « les universités marquent le pas », que « l'on constate une baisse des inscriptions de doctorants internationaux » et que le « soft power français est concurrencé par des pays dont on ne partage pas  forcément les valeurs » (Arabie Saoudite, Turquie, Chine, Russie… suivez mon regard).

Dans Challenges, Bernard Ramanantsoa, ancien DG d’HEC, en profite pour jouer les Cassandres – ou plus modestement les Jacques Attali – en reprenant les propositions de son livre et en brodant sur le rapport de France Stratégie publié à l’automne dernier sur un sujet pourtant assez différent (les formations délocalisées).

Pourquoi sonner le tocsin ? D’abord, nous dit-on, la France perd la 3ème place au classement mondial de l’UNESCO. Ensuite, il y a une « baisse de la hausse » de la mobilité entrante. Le SUP français accueille toujours plus d’étudiants en mobilité internationale, mais la croissance est plus faible qu’au niveau mondial. Enfin les universités sont les principales responsables de cette perte d’attractivité et plombent les statistiques avec un taux de croissance très faible comparé à celui des écoles. Ces affirmations sont pourtant largement contredites par les données que présente Campus France.

Changement de méthode

Première inquiétude, la France aurait perdu la 3ème place mondiale. Diantre ! D’abord tout dépend de la source, l’UNESCO ou l’OCDE, dont les périmètres étaient différents. Dans les statistiques de l’OCDE la France était à la 4ème place derrière les USA, le Royaume-Uni et l’Australie en 2001 et… toujours en 2016. Rien n’a changé en 15 ans. Dans celles de l’UNESCO la France était à la 4ème place derrière les 3 mêmes pays mais était passée devant l’Australie (de peu) il y a 2 ans.