jeudi 22 novembre 2018

Frais d’inscription pour les étudiants étrangers : Guéant sors de ce corps !

Mise à jour :  Les "réorientés" dans un même "cycle" devraient bénéficier du maintien du tarif normal 


L’annonce par le premier ministre de l’augmentation massive des frais d’inscription pour les étudiants étrangers non communautaires soulève de nombreux problèmes. Faute de temps, cette chronique ne reprendra pas les débats que nous avons eu sur les réseaux sociaux à propos de l’absurdité stratégique de cette mesure, de la réalité des coûts de formation dans les universités (les étudiants étrangers paieront bien plus qu’1/3 des coûts de formation) ou des intérêts qui dictent la mesure (difficile de croire au hasard quand sur les 4 exemples de campus délocalisés cités par le 1er ministre, un seul concerne une université, la Sorbonne avec Abou Dhabi). Je ne reviendrai pas non plus sur la mise sous tutelle des universités dans leur politique internationale : le Ministère des Affaires Étrangères renforce sa mainmise sur le SUP international. Vous pourrez retrouver dans cette chronique de janvier 2017 une partie de l'analyse, toujours d'actualité. Nous insisterons ici sur une conséquence qui n’a pas été évoquée à ma connaissance : le retour du contrôle policier des étrangers par les universités

dimanche 28 octobre 2018

EdTech : Cerbère aux enfers

Amphitryon
« Tu es donc allé vraiment dans le palais d'Hadès, ô mon fils ? »

Héraclès
« Oui, et j'ai amené à la lumière le monstre à trois têtes. »

Euripide, La folie d’Héraclès


L’annonce par Youtube d’un investissement de 20M$ dans une chaîne éducative pourrait passer pour une nouvelle illustration de l’appétit des investisseurs pour la Edtech, mais c’est surtout une opération de communication destinée à redorer l’image bien écornée des GAFA. À travers l’éducation, Youtube se positionne comme un acteur participant à une mission de service public. En cela cette opération est exemplaire des nouveaux enjeux de la EdTech.

À force d’optimisation fiscale, de mépris pour la vie privée et les données personnelles, de « disruption » déguisant mal la violation assumée de tout cadre légal, les acteurs du numérique trainent une image « d’entreprises voyous ». Dans la société de « modernité tardive » (je ne me résous pas à parler de « post-modernité » et j’empreinte toujours à Jock Young la terminologie), l’enjeu est double pour ces acteurs : recréer de la confiance et obtenir un avantage concurrentiel. On voit ainsi émerger une nouvelle organisation du mobile de Calder que nous décrivions dans notre première chronique autour de trois pôles : un pôle non lucratif, un pôle lucratif et un pôle d’expertise.

samedi 20 octobre 2018

Parcoursup, la machine à exclure


Le ministère vient de publier les données relatives à Parcoursup. On peut enfin comparer et évaluer la réforme par rapport à APB. Il faut toutefois être vigilant : les deux documents (APB 2017 et Parcoursup 2018) ne présentent pas exactement les mêmes données et le commentaire relatif à Parcoursup est… optimiste. Il faut donc consulter les tableaux des données accessibles ici pour APB et pour Parcoursup et parfois reconstituer les données sources pour Parcoursup car elles ne sont pas fournies.

Le constat est sans appel : Parcoursup s’avère pire qu’APB. C'est un processus d'exclusion sociale à grande échelle. Comme nous l’avions prédit, Parcoursup est anxiogène, il ne répond pas aux attentes des candidat.e.s et il est très stigmatisant, décourageant bien des candidat.e.s. Avant de le montrer, une remarque liminaire : à en croire ces documents, le bac a été moins sélectif. Il y avait 21.196 candidats supplémentaires cette année par rapport à l’année dernière et il y a 22.855 bacheliers supplémentaires. C'était le seul handicap supplémentaire que Parcoursup devait gérer.

lundi 8 octobre 2018

EdTech : le syndrome du sang bleu


A gauche un cours de théologie à la Sorbonne (source), à droite un cours de management dans le HBX Studio de Harvard. 5 siècles séparent ces deux images et rien n’a fondamentalement changé: un prof parle à des élèves. De la Sorbonne de 1490 à celle de Parcoursup, le même schéma se perpétue et se renforce même ; un prof dispense un cours dont il a défini le contenu, le rythme, les attendus, les résultats. En quoi consistent réellement les innovations tant vantées des startups de la Edtech ? Peu de choses en réalité. On peut les classer en 3 catégories.

La première regroupe les plus nombreuses, celles qui prétendent « simplifier » l’enseignement par le digital. Plus prosaïquement il s’agit d’en réduire le coût. Cours en ligne, Mooc, Spooc, Cooc, « tutorat », « mentorat » et j’en passe, ne font que reproduire des schémas millénaires sans autre innovation que leur numérisation. Elles arrivent sur un « marché » déjà bien saturé où la concurrence est rude avec les grands groupes d’écoles privées qui se sont constitués dans les années 80/90. Elles simplifient l’accès à l’enseignement, à toute heure du jour ou de la nuit, sans déplacement, permettant à la fois de le massifier et de le fractionner, mais leurs résultats sont souvent médiocres. Elles font moins bien que l’enseignement en présentiel. Rares sont celles qui se risquent à repenser le modèle pédagogique et c’est tant mieux quand on voit le résultat de ces « boites à tutos » que je décrivais dans la chronique précédente.

samedi 29 septembre 2018

EdTech : le mobile de Calder

Cette tribune sera, je l’espère, la première d’une série consacrée aux « EdTech », les nouvelles technologies de la formation. NewsTanks qui prépare un salon sur le sujet, vient de faire une série d’articles très intéressants, mais…

La « EdTech » a tout pour passionner un enseignant-chercheur. Réfléchir à l’avenir de la formation, à ses transformations, beau sujet. Et puis ne dit-on pas que ces « EdTech » vont ringardiser les formations universitaires ? Il y a aussi cette colonne dans un tableau publié par NewsTank, « Levées de fonds », et les chiffres « 14M€ en 2016 », « 3M€ en 2015 », « 43M€ en 2018 », « 51M€ en 2018 ». L’addition correspond vite au budget d’une université… Les Edtech seraient un nouvel Eldorado, l’avenir du business de l’éducation.

mercredi 5 septembre 2018

La nausée: lettre à E.

« Le râle de la gorge s'éteignit,
et un dernier haut-le-cœur jeta sur la nappe
un petit tas de boue sanglante »
(Bernanos)



Cher E., président d’une université où j’ai aimé enseigner et d’une commission juridique,

On se connaît depuis longtemps, je te tutoierai donc. J’ai lu, puis relu, ta tribune sur Parcoursup parue dans un grand quotidien. Et j’ai eu un haut-le-coeur. Deux fois.

Faible avec les forts, fort avec les faibles, tu réclames la clémence pour Parcoursup pour mieux la refuser aux lycéennes et aux lycéens. C’est elle, c’est lui, le coupable du désastre, lui qui est atteint du « syndrome du collectionneur », elle qui « séquestre des places » ; égoïstement.

Zélé, tu te fais procureur et propose la sentence à la ministre : hiérarchiser les propositions après le bac. Plus de voeux, plus de choix, plus d’espoir. À prendre ou à laisser, et s'il le faut, qu’il joue sa formation aux dés!

samedi 9 juin 2018

Les ténébreux « éclaireurs » de Parcoursup


Alors que la loi démantelant les DRONISEP et les CIO pour confier l’orientation des élèves aux Régions arrive en discussion (voir art. 10 du projet de loi), l'apparition des « éclaireurs » de Parcoursup soulève bien des questions.

Le 8 février dernier, dans un communiqué, la ministre de l’enseignement supérieur annonçait qu’un effort particulier serait fait pour accompagner les candidats à Parcoursup dans leur orientation. Plutôt que d’évoquer les services publics d'orientation, la ministre déclarait qu’un « appel public à labellisation » d’associations serait lancé « durant le mois de février ». En attendant, elle annonçait surtout que « des initiatives-pilotes » étaient déjà reconnues. En fait une seule structure était « labellisée », la plateforme Inspire développée par « l’association d’intérêt général » Article1 qui bénéficiait d’une subvention d’1,8M€ (lire ici).