lundi 8 octobre 2018

EdTech : le syndrome du sang bleu


A gauche un cours de théologie à la Sorbonne (source), à droite un cours de management dans le HBX Studio de Harvard. 5 siècles séparent ces deux images et rien n’a fondamentalement changé: un prof parle à des élèves. De la Sorbonne de 1490 à celle de Parcoursup, le même schéma se perpétue et se renforce même ; un prof dispense un cours dont il a défini le contenu, le rythme, les attendus, les résultats. En quoi consistent réellement les innovations tant vantées des startups de la Edtech ? Peu de choses en réalité. On peut les classer en 3 catégories.

La première regroupe les plus nombreuses, celles qui prétendent « simplifier » l’enseignement par le digital. Plus prosaïquement il s’agit d’en réduire le coût. Cours en ligne, Mooc, Spooc, Cooc, « tutorat », « mentorat » et j’en passe, ne font que reproduire des schémas millénaires sans autre innovation que leur numérisation. Elles arrivent sur un « marché » déjà bien saturé où la concurrence est rude avec les grands groupes d’écoles privées qui se sont constitués dans les années 80/90. Elles simplifient l’accès à l’enseignement, à toute heure du jour ou de la nuit, sans déplacement, permettant à la fois de le massifier et de le fractionner, mais leurs résultats sont souvent médiocres. Elles font moins bien que l’enseignement en présentiel. Rares sont celles qui se risquent à repenser le modèle pédagogique et c’est tant mieux quand on voit le résultat de ces « boites à tutos » que je décrivais dans la chronique précédente.

samedi 29 septembre 2018

EdTech : le mobile de Calder

Cette tribune sera, je l’espère, la première d’une série consacrée aux « EdTech », les nouvelles technologies de la formation. NewsTanks qui prépare un salon sur le sujet, vient de faire une série d’articles très intéressants, mais…

La « EdTech » a tout pour passionner un enseignant-chercheur. Réfléchir à l’avenir de la formation, à ses transformations, beau sujet. Et puis ne dit-on pas que ces « EdTech » vont ringardiser les formations universitaires ? Il y a aussi cette colonne dans un tableau publié par NewsTank, « Levées de fonds », et les chiffres « 14M€ en 2016 », « 3M€ en 2015 », « 43M€ en 2018 », « 51M€ en 2018 ». L’addition correspond vite au budget d’une université… Les Edtech seraient un nouvel Eldorado, l’avenir du business de l’éducation.

mercredi 5 septembre 2018

La nausée: lettre à E.

« Le râle de la gorge s'éteignit,
et un dernier haut-le-cœur jeta sur la nappe
un petit tas de boue sanglante »
(Bernanos)



Cher E., président d’une université où j’ai aimé enseigner et d’une commission juridique,

On se connaît depuis longtemps, je te tutoierai donc. J’ai lu, puis relu, ta tribune sur Parcoursup parue dans un grand quotidien. Et j’ai eu un haut-le-coeur. Deux fois.

Faible avec les forts, fort avec les faibles, tu réclames la clémence pour Parcoursup pour mieux la refuser aux lycéennes et aux lycéens. C’est elle, c’est lui, le coupable du désastre, lui qui est atteint du « syndrome du collectionneur », elle qui « séquestre des places » ; égoïstement.

Zélé, tu te fais procureur et propose la sentence à la ministre : hiérarchiser les propositions après le bac. Plus de voeux, plus de choix, plus d’espoir. À prendre ou à laisser, et s'il le faut, qu’il joue sa formation aux dés!

samedi 9 juin 2018

Les ténébreux « éclaireurs » de Parcoursup


Alors que la loi démantelant les DRONISEP et les CIO pour confier l’orientation des élèves aux Régions arrive en discussion (voir art. 10 du projet de loi), l'apparition des « éclaireurs » de Parcoursup soulève bien des questions.

Le 8 février dernier, dans un communiqué, la ministre de l’enseignement supérieur annonçait qu’un effort particulier serait fait pour accompagner les candidats à Parcoursup dans leur orientation. Plutôt que d’évoquer les services publics d'orientation, la ministre déclarait qu’un « appel public à labellisation » d’associations serait lancé « durant le mois de février ». En attendant, elle annonçait surtout que « des initiatives-pilotes » étaient déjà reconnues. En fait une seule structure était « labellisée », la plateforme Inspire développée par « l’association d’intérêt général » Article1 qui bénéficiait d’une subvention d’1,8M€ (lire ici).

mercredi 30 mai 2018

En soutien à Éducpros, le média d’information grand public sur le SUP

30 mai 2018

13 blogueurs du SUP co-signent et publient une tribune commune, la voici :

Éducpros occupe une place singulière dans la presse spécialisée dans l’éducation. C’est le seul média dédié aux questions éducatives accessible gratuitement en ligne. L’indépendance de l’information délivrée, la qualité éditoriale en font une référence pour tous les enseignants-chercheurs, les chercheurs, les personnels des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, les étudiants, et ceux que l’enjeu éducatif intéresse. Les articles d’Éducpros rythment les débats sur le SUP et l’éducation et ils sont la source de bien des chroniques que vous avez lues sur nos blogs.

lundi 7 mai 2018

Parcoursup : les licences « en attente »


« Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia,
parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre
qu'il avait créée en la faisant ».
La Genèse


On commence à évoquer le caractère anxiogène de Parcoursup pour les étudiants. APB avait laissé 117.000 jeunes dans l’incertitude au mois de juin 2017, combien de candidats seront « en attente » au soir du 22 mai 2018 ? On évoque le chiffre de 100.000, peut-être beaucoup plus à lire la Cour des comptes.

Cela n’a pas l’air d’émouvoir les partisans de la loi ORE qui estiment qu’avec les «attendus» ils pourront enfin sélectionner les étudiants à l’université. Mais ces partisans de la sélection n’ont pas compris l’effet pervers de Parcoursup pour les universités : celui de mettre aussi les licences « en attente ». Loin de renforcer le prestige de la licence, Parcoursup en fait la variable d’ajustement de l’accès au supérieur. Pour le comprendre il faut se replonger dans le calendrier prévu par l’arrêté du 9 mars 2018.

mercredi 14 février 2018

Tri Parcoursup : La ruine ou le néant

Le projet de loi Parcoursup poursuit son chemin chaotique au Parlement. L’étape des attendus est passée dans la douleur, celle des vœux a commencé et celle du tri se profile à l’horizon. Or il y a une question à laquelle la ministre, pas plus que la CPU, n’ont répondu : qui va trier ? Les universités a-t-on dit. Certes. Mais sans ouvrir ici le débat sur l’autonomie de la personnalité morale, il faudra bien que des personnes physiques se chargent in fine de trier, par algorithme ou à la main. Donc qui va trier ?

Ce tri constitue une décision pédagogique. Les personnels administratifs peuvent y être associés, par exemple pour configurer les algorithmes, mais ils ne peuvent en prendre la responsabilité. Alors, les enseignants ? Pas évident du tout. En effet le tri Parcoursup ne fait pas partie des obligations de service des différentes catégories d’enseignants.