vendredi 10 février 2017

Sélection en master et étudiants internationaux : l'arbre et la forêt




L’espace de 24h l’université Paris-Nanterre a supprimé l’accès en master aux étudiants internationaux. Nanterre la Rouge, Nanterre du « Mouvement du 22 mars », l’université ouverte, mon Alma Mater, fermée aux étudiants internationaux ???!!! Il n’y avait qu’Elle pour pouvoir mettre un tel pavé dans la mare sans être suspectée de xénophobie. Car ce sont des problèmes techniques qui expliquent cette décision, des problèmes qui dépassent l’université de Nanterre et la question des étudiants internationaux.

En revenant sur sa décision, l’université s’est expliquée. Elle a mis en avant des contraintes administratives conjoncturelles, mais aussi des raisons plus structurelles comme la sélection en master. Dans Le Monde, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche exprime son « incompréhension » et prétend que « rien ne peut l'expliquer dans la réforme de la sélection en master ». Et pourtant si ! Je l’avais d’ailleurs indiqué dans ma précédente chronique sur les étudiants internationaux et je ne peux qu’inviter le ministère à me lire pour mieux comprendre ce qui se joue dans le SUP... 

Le nouvel article L.612-6 al. 2 du code de l’éducation autorise les universités à organiser une sélection par concours ou dossier en M1. En contrepartie de cette sélection, l’article L.612-6-1 rend automatique, sous condition de réussite, la poursuite en M2. Les universités définissent donc leurs capacités d’accueil en M1 en fonction de leurs capacités d’encadrement en M2.

mercredi 8 février 2017

APB : l'effet Trump et le Manège Enchanté

Aux USA le président tweete au petit déjeuner pour diriger l’Amérique ou se plaindre du traitement réservé à sa fille dans un grand magasin. En France c’est au goûter que la Directrice de l’enseignement supérieur envoie des emails pour modifier APB.

Certes, le Conseil d’État a admis le 5 mai 2014 qu’un ministre puisse prendre une décision par courrier électronique et que les justiciables puissent demander l’annulation de cette décision. Mais le procédé est bien cavalier et bien discret quand il s’agit de l’orientation des étudiants de première année de licence.

Il faut dire que depuis quelques temps, au ministère de l’enseignement supérieur quand ce n’est pas "les pieds nickelés" c’est "Le Manège Enchanté" avec Flappy, Zébulon et Azalée envoutés par Zabadie*.

Sur le tirage au sort nous en étions à 4 épisodes en 15 jours :

16/01/2017 annonce d’un texte pour « sécuriser juridiquement le tirage au sort »
17/01/2017 report sine die du texte « pour ouvrir une réflexion sur ce sujet sensible ».
19/01/2017 renforcement du tirage au sort qui intègre désormais les étudiants qui se réorientent en changeant d’université
6/02/2017 Thierry Mandon déclare qu’il a la volonté de faire disparaître le tirage au sort, mais…
6/02/2017 … le même jour Simone Bonnafous envoie donc un mail aux présidents d’universités pour leur dire de faire ce qu’ils veulent pour les réorientations internes ouvrant la possibilité d’un nouveau renforcement du tirage au sort ! 

lundi 23 janvier 2017

APB : La surprise du chef !

C’est bien connu, quand on a les pieds dedans, plus on bouge, plus on s’enfonce. C’est un peu ce qui arrive au ministère de l’Éducation Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche et à son secrétaire d’État avec APB (Admission Post Bac).

Sous la double pression de la hausse des effectifs étudiants et de la baisse des crédits, avec le corollaire des « gels de postes » recommandés par l’IGAENR, les universités ont été contraintes d’instaurer des capacités d’accueil pour l’entrée en Licence dans les filières «en tension ». Lorsque ces capacités sont atteintes, les étudiants admis à s’inscrire sont tirés au sort. Ce système absurde, dénoncé par tous, organise une sélection de fait dont la légalité a été critiquée par le Tribunal administratif de Bordeaux le 16 septembre dernier.

Adepte de la rustine, le ministère annonçait lundi dernier la présentation pour avis au CNESER d’un projet d’arrêté pour « sécuriser » le tirage au sort. Devant l’hostilité de tous les acteurs, le texte était finalement retiré et son examen reporté sine die « pour ouvrir une réflexion sur ce sujet sensible » à en croire les propos rapportés par Le Monde.

Il y avait donc de quoi être surpris vendredi à l’ouverture d’APB en découvrant que le paramétrage avait été modifié. Un courrier daté du 19 janvier et signé de Simone Bonnafous, DGESIP, ainsi qu’une note du 13 janvier relative à « l’application de l’article L.612-3 du code de l’éducation » détaillent ces changements. Curieusement la note vise «l’arrêté pris en application des dispositions du 2ème alinéa de l’article L.612-3 du code de l’éducation », c’est-à-dire le fameux projet reporté sine die « pour ouvrir une réflexion sur ce sujet sensible »… 

mercredi 18 janvier 2017

Sélection en master: le privé pas fair-play

 je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte,
mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.

Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui 
Évangile selon St Jean 10 : 01,12


Najat Vallaud Belkacem et Thierry Mandon devraient faire relire aux instances de l'enseignement supérieur catholique la parabole du bon berger dans l'Évangile selon Saint Jean.

La réforme de la sélection en master est la Grande Oeuvre de ce quinquennat raté pour l'enseignement supérieur et la recherche. Mais depuis plusieurs années, il y a un côté pieds nickelés dans les cabinets ministériels. Même animés des meilleures intentions du monde, ils ne sont pas très doués et les bergers mercenaires en profitent.

dimanche 15 janvier 2017

L’attractivité internationale du SUP en France : Le vrai et le faux

La publication des chiffres actualisés de la mobilité internationale de l’UNESCO par Campus France est une aubaine pour les  déclinistes. Il y aurait une « rupture » depuis 2012, une baisse des inscriptions en doctorat et une perte d’attractivité du SUP français, en particulier des universités. Le communiqué de Campus France évoque une situation « préoccupante ». Les propos de sa directrice sont même anxiogènes. Dans Le Monde ou Le Figaro, elle affirme que « les universités marquent le pas », que « l'on constate une baisse des inscriptions de doctorants internationaux » et que le « soft power français est concurrencé par des pays dont on ne partage pas  forcément les valeurs » (Arabie Saoudite, Turquie, Chine, Russie… suivez mon regard).

Dans Challenges, Bernard Ramanantsoa, ancien DG d’HEC, en profite pour jouer les Cassandres – ou plus modestement les Jacques Attali – en reprenant les propositions de son livre et en brodant sur le rapport de France Stratégie publié à l’automne dernier sur un sujet pourtant assez différent (les formations délocalisées).

Pourquoi sonner le tocsin ? D’abord, nous dit-on, la France perd la 3ème place au classement mondial de l’UNESCO. Ensuite, il y a une « baisse de la hausse » de la mobilité entrante. Le SUP français accueille toujours plus d’étudiants en mobilité internationale, mais la croissance est plus faible qu’au niveau mondial. Enfin les universités sont les principales responsables de cette perte d’attractivité et plombent les statistiques avec un taux de croissance très faible comparé à celui des écoles. Ces affirmations sont pourtant largement contredites par les données que présente Campus France.

Changement de méthode

Première inquiétude, la France aurait perdu la 3ème place mondiale. Diantre ! D’abord tout dépend de la source, l’UNESCO ou l’OCDE, dont les périmètres étaient différents. Dans les statistiques de l’OCDE la France était à la 4ème place derrière les USA, le Royaume-Uni et l’Australie en 2001 et… toujours en 2016. Rien n’a changé en 15 ans. Dans celles de l’UNESCO la France était à la 4ème place derrière les 3 mêmes pays mais était passée devant l’Australie (de peu) il y a 2 ans. 

lundi 12 décembre 2016

La LRU3 par amendement à la loi sur le Grand Paris

Mise à jour 15 décembre 2016 : Le gouvernement retire l'amendement 142 et en présente un autre (n°185) limité à la prolongation à 10 ans de la période transitoire. Il est adopté malgré les réticences du rapporteur pour qui l'université de Saclay "C'est la bataille de Reichshoffen"...

Mise à jour 21h30 le 13 décembre 2016 : La CPU a publié un communiqué pour dénoncer la méthode et rappeler le risque constitutionnel des cavaliers législatifs.


Le séisme a été annoncé sur l'AEF par Sarah Piovezan puis en fin d'après-midi sur twitter. D'abord Jean-Luc Vayssière, l'ancien président de l'UVSQ, puis le SNESUP et le groupe Jean-Pierre Vernant : le gouvernement allait modifier le statut des COMUES par amendement à la loi sur le Grand Paris.

Dans le SUP nous nous sommes habitués aux cavaliers législatifs que le Conseil constitutionnel apprécie si peu habituellement. Le gouvernement a bien réformé les COMUEs et réparé les erreurs laissées par M. Feltesse dans la LRU2 de Mme Fioraso par amendement à la loi relative à l'agriculture... Mais là!

La LRU 3 par amendement

L'amendement n°142 qui aurait été inspiré par Jean-Richard Cytermann, un de ces lobbyistes qui sévissent depuis près de 30 ans de directions en cabinets (auprès d'Edith Cresson ou de Claude Allègre), ne concerne pas seulement les COMUES ; en réalité c'est la LRU 3 que Najat Vallaud Belkacem et ses amis font passer par amendement!

Que prévoit le texte? D'abord la prolongation à 10 ans du statut dérogatoire dont bénéficient certains EPSCP. Ensuite, et surtout, la possibilité pour tous les établissements publics d'enseignement supérieur appartenant à des COMUES ou des associations de fusionner. En clair c'est la fusion des universités, écoles d'ingénieurs, de sciences politiques ou des beaux-arts qui est rendue possible.

mardi 27 septembre 2016

Lettre ouverte à Monsieur le président de la République

Monsieur le président de la République,

Votre agenda indique qu’après-demain vous ferez un discours sur l’enseignement supérieur. La nouvelle m’a surpris. Que vous puissiez faire une phrase sur le SUP dans un discours d’une heure, comme lors de votre intervention devant la Fondation Jean Jaurès, passe encore. Mais un discours complet ! Certes, j’ai bien noté l’agitation soudaine de votre ministre de l’éducation et de son secrétaire en charge de l’enseignement supérieur qui multiplient les annonces de circonstance que votre plume pourra reprendre. Mais même en tirant à la ligne il n’y a pas de quoi tenir 10 minutes.

De quoi allez-vous donc parler Monsieur le président ? De cette « ambition pour la jeunesse » à laquelle le SUP n’a jamais été associé ? De « l’optimisation fiscale » du « Crédit Impôt Recherche » qui n’a rien apporté, ni à la Science, ni à la Recherche ? De ce jeu de bonneteau avec les crédits des universités qui, de « réserve de précaution » en « décret d’avance », a vidé de son sens la notion de Loi de Finances ? Même Valérie Rabault, votre rapporteuse à la commission des finances de l’Assemblée Nationale, s’y est perdue en juin dernier oubliant que votre gouvernement, une nouvelle fois, avait supprimé par dizaines de millions les crédits des universités.

Vous allez parler du mensonge des postes « Fioraso » ? Vous savez, Monsieur le président, ce millier de postes que vous aviez promis à l’enseignement supérieur ! Pas des postes en réalité, mais une maigre somme qui ne permettait pas le financement d’un poste d’enseignant-chercheur et qui de toute façon venait abonder le budget des universités exsangues. A mesure que vous annonciez, triomphant,  la création de ces postes, l’Inspection Générale obligeait les universités à en « geler » d’autres ! Hasard du calendrier, l’Université Paul Sabatier de Toulouse vient d’annoncer le « gel » de 200 postes, l’équivalent de 20% des « postes Fioraso » d'une année ! « Postes Gelés » une innovation sémantique de votre mandat d’ailleurs, une de ces expressions Orwelliennes qui forment la substance de l’action de votre actuelle ministre de l’éducation.