dimanche 9 avril 2017

Le mauvais combat pour "l’Université Georges Soros"

Depuis quelques jours les lobbies se mobilisent pour défendre la Central European University de Budapest, plus connue sous le surnom « d’Université Georges Soros », dont l’avenir serait compromis par une nouvelle loi proposée par Victor Orban. La très libérale et très clientéliste Association des Universités Européennes qui s’agite toujours pour plus d’autonomie, de dérégulation et de business dans le SUP, la CPU et le fantomatique Harlem Désir y sont allés de leurs communiqués, rejoignant celui du département d’État Américain. C’est un bien mauvais et bien dangereux combat.

Victor Orban est un odieux personnage, nationaliste xénophobe, aux antipodes des valeurs que je défends. Pour autant, la Central European University est-elle ce défenseur de la démocratie et des valeurs universitaires qu'on nous présente ? Non.

Cette « université » privée est d’abord un montage juridique acrobatique sur la base d’une « déclaration conjointe » entre l’État de New-York et le gouvernement Hongrois datant de 2004. Deux entités portant le même nom en hongrois et en anglais ont été créées : « KEE » Közép-európai Egyetem et CEU, la première en Hongrie, la seconde aux USA. A Budapest ce n'est donc pas CEU mais KEE qui est accréditée pour 10 formations de niveau graduate (master) et doctorat. Une rapide consultation du site de l’université permet de constater qu’aujourd'hui CEU propose une trentaine de masters en 2 ans ou 10 mois ( !), des formations qualifiantes et de l’executive education à foison ainsi que 11 doctorats dont 2 seulement sont accrédités en Hongrie. La plupart des formations sont donc des formations de droit américain proposées, en anglais, en Hongrie à des tarifs qui tournent autour de 12.000€/an en master (58.000€ pour le programme d’executive MBA !) et 12 à 15.000€ pour la 1ère année de doctorat (entre 7.500 et 8500€/an ensuite). Bien entendu l’université nous vante ses aides financières et en particulier les bourses ERASMUS dont peuvent bénéficier les étudiants.

On ne peut s’empêcher de faire ici le parallèle avec le CLESI/ESEM et l’université privée Fernando Pesoa qui contournait le numerus clausus des études médicales, mais en pire. L’université Fernando Pesoa existe bel et bien au Portugal tandis que l’université de Georges Soros n’existe que sur le papier aux USA ! Elle n’a ni campus ni étudiants. Voici donc une université « américaine » qui n’a aucune activité aux USA et qui forme en Hongrie des étudiants à des diplômes non reconnus par le gouvernement Hongrois tout en délivrant des ECTS ! Comment la CPU peut-elle défendre maintenant la KEE/CEU après avoir dénoncé, avec raison, le CLESI/ESEM ?

Je ne lis pas le hongrois et je n’ai pu consulter le texte de loi. Mais les rapports qui en sont donnés, y compris par l’université Georges Soros, font état de deux exigences : un campus dans le pays d’origine et un accord entre l’État d’origine et la Hongrie. Est-ce vraiment scandaleux ? Force est de constater que nous ne sommes pas loin des exigences posées par le droit français.

À titre d’exemple, l’article L731-1 du Code de l’éducation réserve aux seuls français et ressortissants européens le droit d’ouvrir un établissement privé d’enseignement supérieur. Le président de l’université Georges Soros est l’ancien leader du parti libéral canadien et le Board of trustees est dominé par les anglo-saxons. Je doute qu'une telle « université » puisse prospérer en France et son implantation aurait suscité des polémiques légitimes.

Quant à penser que la Central European University puisse être le dernier rempart de la démocratie face à Victor Orban, si c’est exact c’est tragique. La philanthropie d’un Georges Soros a tout d’une version contemporaine du commerce des indulgences dénoncé par Luther et l’établissement qu’il soutient revendique ostensiblement son engagement politique en faveur du libéralisme économique. On est bien loin de l'esprit scientifique et des valeurs universitaires. En présentant cette structure comme l’innocente victime d’Orban on ne fait que donner à ce dernier un bâton dont il n’hésitera pas à se servir contre les vrais défenseurs du pluralisme et de la démocratie.

2 commentaires:

  1. La grande majorité des étudiants reçoivent des bourses d'études complètes, y compris le logement dans un dortoir et une allocation de subsistance. C'est l'un des principes de l'université. Cela ne fait pas de profit. Vous confondez une «organisation privée» et une «organisation à but lucratif». Les seuls frais de scolarité étaient pour les étudiants de l'école de commerce, que Michael Ignatieff ferme. Veuillez faire vos recherches avant de poster des informations erronées.

    Il est scandaleux qu'une loi soit annoncée soudainement dans le but de fermer une université unique, et qu'elle soit adoptée par le Parlement une semaine plus tard.

    Intéressant de voir comment la gauche radicale arrive à ressembler la droite radicale.

    Bienvenue dans le monde des Orbáns et des Poutines, la France, vous semblez être la prochaine.

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    1. j'ai toujours trouvé méprisable d'insulter de façon anonyme. Sur le fond vous mentez et je vérifie toujours plutôt 3 fois qu'une avant de poster. Au lieu d'insulter, allez contrôler sur le site de la CEU, les droits d'inscription (lien publié dans mon article) et les aides financières. Si la CEU prétend que 85% des étudiants reçoivent une aide, il ne s'agit pas d'une prise en charge totale d'une part, et, d'autre part, il s'agit de financements ERASMUS pour partie ce qui me choque. Quant à mon point de vue sur Orban je le donne et je l'assume sans anonymat.
      Yann Bisiou https://www.ceu.edu/sites/default/files/attachment/basic_page/13693/scholarshipbrochure17-18.pdf

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