lundi 15 décembre 2014

Triste spectacle

Bien triste spectacle que cette fin d'exercice budgétaire. Le président de la République affirme sa priorité à la jeunesse et son gouvernement supprime l'équivalent de 4 universités lors des débats budgétaires. Et quels débats!

Le parti socialiste demandait 500 millions en plus pour l'enseignement supérieur et la recherche? Les députés socialistes ont voté 482 millions de crédits en moins... problème de communication peut-être.

Des députés socialistes transformés en girouettes qui illustrent jusqu'à la caricature le qualificatif peu enviable de "godillots". Des députés socialistes qui votent un jour le budget de l'enseignement supérieur, re-votent en seconde délibération 136 millions d'euros de crédits en moins sur ce même budget, avant que la presse annonce le mercredi - à partir de fuites savamment organisées par l'exécutif à la veille de la manifestation de Science en Marche - qu'ils re-re-voteront pour rétablir 70 millions sur les 136 supprimés pour finalement re-re-re-voter 20 millions de prélèvements sur l'ANR et 4 autres sur l'enseignement supérieur et la recherche! "Mais non c'était pas autant!" m'écrit l'une d'elles, certainement de bonne foi, perdue dans ses votes successifs.

Et au milieu de cette farce pitoyable, les mêmes députés sanctuarisent des centaines de millions pour un unique projet aux relents nauséabonds de conflit d'intérêts.

jeudi 11 décembre 2014

Coupes budgétaires dans l'enseignement supérieur et la recherche : Les sources, les chiffres

Le débat sur la gravité de la crise financière des universités a été relancé par Science en Marche ces derniers jours. Pour que chacun puisse se faire une idée de l'ampleur des coupes budgétaires voici, sans commentaires, les différents chiffres publiés par le gouvernement et le parlement.

Budget 2014

1 milliard d'euros de crédits a été annulé en 2014 sur le budget de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, toutes actions confondues, y compris les Programmes Investissements d'Avenir (PIA), soit 3,9% des crédits votés.
666 millions d'euros ont été annulés hors PIA. 
Source : Rapport n°2408 de Mme Valérie Rabault au nom de la commission des finances de l'Assemblée Nationale, p.14 .

lundi 8 décembre 2014

Et pendant ce temps là les affaires continuent



Lorsque ce nouveau billet sera publié, l'Assemblée Nationale discutera du projet de loi de finances rectificative pour 2014, un document aride de 377 pages dans lequel l'État jongle avec les centaines de millions et les milliards d'euros. Derrière ces annulations de crédits, ces ouvertures de crédits, ces transferts de crédits, il y a des services publics qui vont perdre, d'autres qui vont gagner.

Et justement, p.116 on découvre un gros gagnant, le programme "Nano 2017" qui récupère la modique somme de 274 Millions d'euros prise, essentiellement sur les budgets de la recherche et des universités. Oui vous avez bien lu, 274 millions d'euros!



Quand les universités sont en déficit, les labos en crise, que le GVT n'est pas compensé et que les postes sont gelés, Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem et Geneviève Fioraso prélèvent 274 millions sur leurs budgets pour les donner à un unique projet grenoblois "Nano 2017"!



274 Millions d'euros c'est le budget annuel de 3 universités LLASHS, de 2 universités pluridisciplinaires, plus que le budget annuel de l'université de Grenoble 1 ou même de l'université Paris Diderot! Pourquoi tant de largesses pour un seul projet?


lundi 13 octobre 2014

Prix Nobel : le grand ratage de "l'excellence"

Chaque année, la société Thomson Reuters se fait fort de prédire les prix Nobel. Elle aurait ainsi "prédit" le nom de 35 lauréats du prix Nobel depuis 2002. On pourrait sourire de cet exercice divinatoire qui rapproche les sciences "dures" des sciences "molles", Web of Sciences® des travaux sociologiques d'Elisabeth Tessier. Mais comme il s'agit de sciences "dures" justement, Thomson Reuters prétend avoir une démarche SCIENTIFIQUE! La société affirme pouvoir découvrir les lauréats potentiels à partir des citations dans les revues scientifiques classées et c'est à partir de la base de données Web of Sciences® que la prédiction est construite ; excusez du peu!

Pour ceux qui ne connaissent pas Web of Sciences®, il s'agit de cette base de donnée exploitée par Elsevier®, une des trois "majors" de l'édition scientifique avec Springer® et Wiley®. En caricaturant à peine, on pourrait définir l'activité de ces "éditeurs" comme consistant à faire payer les chercheurs pour qu'ils publient avant de faire payer les autres chercheurs pour lire lesdites publications!

jeudi 9 octobre 2014

OÙ EST CHARLIE? La "République exemplaire" a du plomb dans l'aile



La République exemplaire de François Hollande et Manuel Valls tourne à la pantalonnade. Alors que, selon un décret du 1er août, Geneviève Fioraso "ne connaît pas des actes de toute nature intéressant la direction de la recherche technologique du Commissariat à l'énergie atomique", la voici devant le stand du LETI, la branche micro et nano-technologies du CEA inaugurant en grande pompe et sous le regard des caméras et des journalistes le salon SEMICON Europa à Grenoble le 7 octobre. Et cela ne semble pas émouvoir grand monde au gouvernement ou au Parti Socialiste!

Pourtant, SEMICON EUROPA n'est pas un salon scientifique. C'est un évènement commercial organisé par le SEMI®  (pour Semiconductor Equipment and Materials International), un groupement qui se présente lui-même comme "the Voice of the Industry" destiné à promouvoir le commerce des micro et nano-technologies ; un lobby, quoi.

SEMI® déclare regrouper 1.900 entreprises adhérentes à qui elle promet "plus de croissance et de rentabilité". Pour y parvenir, SEMI® intervient auprès des responsables politiques afin d'orienter leurs décisions dans un sens favorable aux intérêts de la profession. C'est ainsi que SEMI® fixe au nombre de ses objectifs : "Advocacy and action on policies and regulations that encourage business growth". Et ce lobby d'expliquer que, dans le domaine de l'environnement par exemple, il faut des règles souples décidées par les professionnels de l'industrie plutôt que des règlementations étatiques... ben voyons! Mais Mme Fioraso nous dira certainement qu'elle aime l'environnement, l'écologie, le développement durable comme elle aime les SHS... Il y a de quoi s'inquiéter. 

Et si ce n'est pas assez clair, voici ce que déclare encore SEMI Europe sur son site : "EU rules and regulations can be difficult to understand and implement and sometimes they place an additional burden that slows down our fast-moving industry. To help keep our industry competitive on a global scale, SEMI Europe is committed to public policy — maintaining a Brussels office, which advocates for the SEMI members early in the decision-making process, so that final decisions reflect a balanced approach that keeps the needs of our industry protected." Je ne crois pas nécessaire de traduire ces propos.

Manifestement le lobbying de SEMI® est efficace puisque, de longue date, Mme Fioraso accompagne leur action. On la retrouve d'ailleurs sur une photo de 2009 en compagnie des représentants de la SEMI® et du patron de SOITEC (également présent en bonne place le 7 octobre) lorsqu'elle était PDG de la société d'économie mixte MINATEC Entreprise créée par Michel Destot.

Minatec Entreprise où est installé le LETI, la branche micro et nano technologies du CEA... que l'on retrouve également dans le reportage diffusé par France3.
capture d'écran du reportage France3 avec Mme Fioraso sur le stand du CEA

Et voici donc Charlie qui ne doit pas intervenir dans les actes de toute nature intéressant la direction de la recherche technologique du CEA qui fait la pub du CEA et du lobby des industries des semi-conducteurs. "On le voulait depuis 10 ans" déclare-t-elle dans le reportage de France3 (à partir de 23''). Michel Destot et elle peut-être, moi certainement pas.

En réalité, la grande différence entre Geneviève Fioraso et d'anciens membres du gouvernement dont le manque de délicatesse ou les fraudes ont été sanctionnées, c'est que notre secrétaire d'État assume au grand jour ses compromissions. C'est peut-être ça les valeurs de l'enseignement supérieur et de la Recherche pour François Hollande et Manuel Valls ; définitivement ce ne sont pas les miennes.

mercredi 8 octobre 2014

Autonomie des universités : un processus volontaire de destruction des emplois


Nos deux ministres ont gratifié les lecteurs de déclarations assez surréalistes ces dernières semaines. La ministre déchue a d’abord expliqué au Parlement qu’il suffisait de renvoyer les présidents d’universités à l’école et de former « les équipes de gouvernance » pour supprimer les déficits avant de justifier par les aléas démographiques la baisse historique des recrutements que nous évoquions au mois de juin sur ce blog ! Quant à la ministre promue, elle affirmait à Educpro que les postes gelés avaient bien été créés… Triste spectacle.

Plutôt que de s'amuser à de telles balivernes, pourquoi nos deux duettistes ne commencent pas par expliquer, tout simplement, la vérité? Avec la LRU, Valérie Pécresse a supprimé des postes par centaines dans les universités.

La LRU consiste à transformer les universités en « opérateurs » de l'État comme MétéoFrance, l'ADEME ou CampusFrance et à leur transférer la masse salariale et les emplois à travers les RCE. Sur le papier les universités doivent acquérir une indépendance nouvelle par rapport à l'État et recevoir une subvention pour financer les missions de service public dont elles ont la charge.

En réalité, n'en déplaise à Terra Nova qui affirme que le problème ce n'est pas « l'autonomie » mais sa mise en oeuvre avec un budget contraint, dès l'origine cette loi et son corollaire les « RCE » (responsabilités et compétences élargies), sont destinés à mettre les universités en difficulté pour supprimer des emplois publics.

jeudi 4 septembre 2014

Geneviève Fioraso et le CEA : quand la prévention des conflits d’intérêts confine au burlesque

Mise à jour 10 octobre 2014 : Où est Charlie?

RUE89 vient de débusquer un décret du 1er août qui retire toute compétence à Mme Fioraso pour les actes « de toute nature intéressant la direction de la recherche technologique du Commissariat à l'Énergie Atomique » (CEA).

Cette décision est prise en application de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence dans la vie publique. Elle serait motivée, selon RUE89, par les fonctions qu’occupe le compagnon de Mme Fioraso, au CEA.

La question de l’influence des mandats politiques sur la vie professionnelle dans un couple est difficile à appréhender. L’intérêt général commande d’éviter tout conflit d’intérêt, mais, à l’inverse, le compagnon ou la compagne d’un élu n’a pas non plus à être pénalisé dans sa carrière en raison du mandat de celle ou de celui avec qui il, ou elle, partage sa vie. Ce qui importe, et c’est le sens de la loi de 2013, c’est de pouvoir s’assurer que, dans l’exercice de ses responsabilités publiques, l’élu n’a pas été guidé par d’autres préoccupations que l’intérêt collectif.

Or, de ce point de vue, le décret du mois d’août sonne comme un aveu, un aveu presque burlesque. Toujours selon RUE89, l’entourage de Mme Fioraso déclare, rassurant : « Nous avons vérifié, pas une seule fois, elle n’a dû intervenir dans les affaires de cette direction technologique ». Est-ce une plaisanterie ?